Témoignage
Témoignage

Témoignage

Témoignages 8. Vivre entre deux IRM (17 août 2026)

8. Vivre entre deux IRM

8. Vivre entre deux IRM

Le bruit arrive avant tout le reste. Un martèlement métallique, régulier, qui remplit l’espace et finit par remplir la tête. Dans le tube, je n’ai qu’une consigne : ne pas bouger. Rester immobile pendant que la machine fabrique des images de mon cerveau. Des images qui, ensuite, diront comment la tumeur se porte.


Entre deux IRM, je vis dans un endroit étrange. Un couloir. Un “entre-deux” où la vie continue — courses, rendez-vous, discussions, fatigue, rires parfois — mais avec une phrase en arrière-plan : dans quelques semaines, tout peut changer. Parce que je le sais : en l’espace de peu de temps, la tumeur peut accélérer au point d’impacter mes capacités physiques. Ma marche. Ma capacité à me déplacer. Et, c’est une crainte qui revient souvent, ma capacité à réfléchir avec fluidité.


Ma dernière IRM date d’il y a deux mois. La prochaine aura lieu dans un mois. Et ce n’est pas une simple date sur un calendrier : c’est une comparaison à venir. On mettra les images côte à côte, on cherchera une direction d’évolution, une trajectoire. En attendant, je suis là, dans ce temps suspendu que beaucoup appellent la scanxiety : l’anxiété des examens de contrôle. Chez moi, ce n’est pas uniquement l’angoisse de l’examen. C’est l’angoisse du temps entre les examens.

Et c’est précisément dans ce temps-là que j’ai compris quelque chose d’essentiel : si je laisse l’incertitude gouverner, elle finit par coloniser chaque journée. Alors j’ai adopté une manière de voir les choses qui me sert de boussole : l’attente active.


Le piège de l’anticipation : s’épuiser à vivre des futurs imaginaires


L’anticipation a un air de stratégie. On croit qu’en pensant à tout, on se prépare. En réalité, je l’ai appris à mes dépens : anticiper, penser à tout, souvent, c’est se fatiguer.

Mon cerveau est capable de fabriquer mille scénarios. Mille films. Mille versions du “et si…”. Et le problème, c’est que ces scénarios se nourrissent d’eux-mêmes. Ils prennent un détail — une fatigue, une maladresse, un moment de flou — et ils en font une prophétie.

Or, je sais une chose simple : il n’y aura qu’un seul résultat. Une seule réalité. Une seule image comparée à l’autre. Parfois, ce qui arrive, je ne l’avais pas anticipé du tout. Parfois, seulement en partie. Donc à quoi bon “pré-vivre” une mauvaise nouvelle dix fois, si elle n’arrive qu’une fois — ou pas ?

L’attente active commence là : je renonce à l’illusion que prévoir me protège.


L’attente active : agir sur le contrôlable, attendre le reste


Quand je dis “attente active”, je ne parle pas d’une attente résignée. Je ne compte pas les jours en apnée. Je parle d’une posture intérieure très concrète :

  • Je reste actif sur ce que je peux faire.
  • Je reste en attente sur ce que je ne peux pas décider.
  • Je reste dans l’observation du quotidien, plutôt que dans la spéculation.

Ça peut sembler simple. En pratique, c’est un entraînement.

L’attente active ne m’interdit pas d’avoir peur. Elle me dit : ok, la peur existe, mais qu’est-ce que je fais aujourd’hui ?
Elle me sort de la rumination et me remet dans le réel. Pas un “réel magique” où tout irait bien — un réel sobre : ce qui est là, maintenant.


Observer au quotidien : voir sans transformer en présage


Entre deux IRM, mon corps devient un territoire que j’écoute. Et il y a une frontière subtile à respecter : observer n’est pas surveiller.

Observer, c’est constater : aujourd’hui, je suis plus fatigué. Aujourd’hui, je marche moins bien. Aujourd’hui, j’ai plus de difficulté à me concentrer. Point.

Surveiller, c’est interpréter immédiatement : donc la tumeur progresse. Donc ça repart. Donc je vais perdre ceci ou cela. Et là, mon esprit s’emballe. D’autant plus que je me perds émotionnellement.

L’attente active me demande de rester du côté de l’observation. D’être lucide sans être prisonnier. D’accepter l’incertitude sans la remplir de catastrophes. Je reviendrai dans une autre chronique sur comment gérer cette incertitude.

C’est presque un geste de discipline : je note le fait, je respire, je reviens au présent. Je laisse au futur — et à l’IRM — ce qui lui appartient.


Le “temps long” : vivre sans s’installer dans le sursis


Entre deux examens, j’ai parfois l’impression de vivre en sursis : comme si la vie était “autorisée provisoirement”, en attendant l’image suivante. Cette sensation est violente, parce qu’elle donne le sentiment que tout est conditionnel.

L’attente active m’aide à ne pas faire du sursis mon identité.

Je ne suis pas uniquement une personne entre deux IRM. Je suis une personne qui vit pendant cet intervalle. Et si je reporte la vie à “quand j’en saurai plus”, je risque de la repousser indéfiniment.

Alors je change d’échelle. Je raccourcis l’horizon. Je redeviens acteur à ma mesure.


Planifier court : une souveraineté à portée de main


Je ne peux pas planifier comme avant. Ou plutôt : je pourrais, mais ce serait parfois me faire mal pour rien. L’incertitude est trop grande pour construire des promesses lointaines comme si rien ne pouvait bouger.

Mais je refuse aussi de ne plus rien prévoir. Parce que ne rien prévoir, c’est laisser la maladie décider de tout.

Alors je planifie court. Une semaine. Quinze jours. Un mois — jusqu’au prochain IRM, parfois. Des projets tenables : une sortie simple, un moment à partager, un texte à écrire, une tâche concrète, un rendez-vous important, une chose qui donne une direction. Tout ce que je suis en capacité de faire, de réaliser, sans manques préalables.

Ce ne sont pas des “distractions”. Ce sont des preuves. La preuve que j’existe au-delà de l’imagerie. La preuve que je peux encore choisir quelque chose, même petit. Et, dans cette période, le petit pèse lourd.


Quand l’attente se densifie : fractionner pour ne pas s’effondrer


À l’approche de la date, je sens que la tension monte. Comme si le mois se resserrait. L’IRM n’est pas seulement un examen : c’est une bascule possible. Et après l’examen, il y a cette autre attente : le moment où l’on compare, où l’on lit, où l’on interprète.

Dans l’attente active, j’ai appris à fractionner.

Aujourd’hui : je fais ce que j’ai à faire aujourd’hui.
Demain : je verrai demain.
Je n’empile pas l’IRM + le résultat + les conséquences + l’avenir entier. Je découpe, parce que sinon, tout devient trop lourd.

Fractionner, ce n’est pas fuir. C’est rendre l’épreuve abordable et transportable. C’est une nouvelle manière pour moi de m’attacher à des choses à faire.


“Une seule réalité” : accepter l’unique, refuser l’usure


L’un des points clés, pour moi, c’est cette idée : l’IRM produira un seul élément réel. Une seule vérité à cet instant-là. Le reste n’est que théâtre intérieur.

Alors je reviens à cette phrase quand mon esprit part trop loin :
Je ne sais pas encore. Je saurai au moment de comparer les images.

Ce n’est pas une phrase qui rassure au sens facile. C’est une phrase qui remet les choses à leur place. Elle ferme la porte aux scénarios infinis. Elle ne supprime pas la peur, mais elle empêche la peur d’augmenter, de se multiplier.


Conclusion : habiter l’intervalle, sans lui offrir ma vie entière


Ce jour, je serai à nouveau face à une machine, et surtout face à ce qu’elle rendra visible. Ma dernière IRM, faite il y a trois mois, sera comparée à celle-là. Et j’attends ce moment avec une intensité particulière, parce que cette comparaison donnera une direction d’évolution.

Mais d’ici là, je ne veux pas vivre dans le brouillard de l’anticipation. Je veux vivre dans la clarté de l’attente active : agir là où je peux agir, observer sans prophétiser, planifier court, revenir au présent quand l’esprit s’emballe, savoir agir et faire dans un contexte d’incertitude.

Vivre entre deux IRM, c’est accepter que le temps ne m’appartient pas totalement.
Mais c’est aussi découvrir que ma manière d’habiter le temps, elle, peut m’appartenir.

Et aujourd’hui, dans cet intervalle, je choisis ça : rester vivant, un jour après l’autre, sans user mon énergie à combattre des ombres.

Note : ce texte reflète mon vécu et ma façon personnelle de traverser l’attente entre examens. Il ne remplace pas un avis médical ou psychologique.

Nous sommes là pour vous

Patients, familles, proches, n’hésitez pas…

Contactez-nous

Dernières actualités

Engagement, recherche et solidarité : restez informé sur nos initiatives et les avancées de la recherche.

2026 : 400 000€ reversés à des projets innovants !

2026 : 400 000€ reversés à des projets innovants !

29 juin 2026

Journée de sensibilisation Mai en gris Montpellier

Journée de sensibilisation Mai en gris Montpellier

6 mai 2026

Mai en Gris : L’association change d’échelle pour lutter contre le glioblastome

Mai en Gris : L’association change d’échelle pour lutter contre le glioblastome

4 mai 2026

Course des Étoiles 2026 - Mai en Gris

Course des Étoiles 2026 - Mai en Gris

30 avril 2026

Nous soutenir

S’engager, c’est offrir de l’espoir : aidez-nous à avancer à votre manière. Chaque geste compte.

Icône don

Faire un don

Icône bénévolat

Devenir bénévole

Icône caddie de courses

Boutique solidaire