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Témoignages 1. Les Invisibles (7 avril 2026)

1. Les Invisibles

1. Les Invisibles

Les Invisibles. Chroniques de Guillaume pour éclairer le séisme initial : de l’ombre à la lumière du diagnostic. 

Il existe, dans une vie, des lignes de fracture que l’on ne perçoit qu’après les avoir franchies. 

Pour moi, le basculement ne s’est pas fait dans le bruit, mais dans le presque imperceptible. Avant la lumière crue du diagnostic, il y a eu l’ombre. Et dans cette ombre, des murmures


Des moments difficiles à nommer. 

Des sensations diffuses, des décalages subtils, que je n’ai pas associés à une maladie grave, encore moins à un glioblastome. Avec le recul, je reconnais ces signaux faibles que l’esprit, par instinct de protection, choisit d’interpréter autrement. La fatigue. Le stress. Une période plus dense que les autres. Autant d’explications rassurantes pour continuer à avancer. 


À ce stade, la vie semblait encore tenir. 

Imparfaite, parfois inconfortable, mais reconnaissable. 

Je vivais dans cette illusion partagée d’une continuité possible, sans imaginer que le sol se fissurait déjà sous mes pas. 


Puis le murmure est devenu rupture. 

Une première crise d’épilepsie est survenue, brutale, violente, sans préavis. 

En un instant, mon corps a cessé d’être un allié silencieux pour devenir un territoire instable. Cette crise m’a conduit à l’hôpital, ouvrant la porte d’un monde dont je ne connaissais ni les codes ni le langage. Ce ne fut pas un événement isolé. J’ai eu de rythmé une succession d’examens, de consultations, d’allers-retours médicaux, et surtout d’attentes. 


L’attente est une épreuve en soi. 

Une suspension du temps, où chaque minute semble chargée d’une menace invisible. 

À ce moment-là, je n’avais pas encore pleinement conscience de ce qui se jouait. Il y avait des faits médicaux, des décisions à prendre, mais la portée réelle de la situation restait floue, comme tenue à distance par nécessité. 


Une opération a alors été envisagée, puis programmée, afin de retirer une partie de la tumeur. 

Sur le moment, ce geste représentait une forme d’action, presque un soulagement : quelque chose allait être fait. J’étais dans un état de sidération, un espace mental où l’on agit avant de comprendre, où la peur n’est plus une émotion précise, mais un climat diffus. 


Autour de cette période s’est enclenché un autre mécanisme : celui de la recherche et de la compréhension. 

Avant même de ressentir pleinement l’effroi, j’ai cherché à comprendre. À lire. À analyser. À poser des questions. Le mot est tombé : glioblastome de stade IV. Un terme brutal, technique, presque abstrait au premier abord. 


J’ai alors mobilisé l’intellect comme un rempart. Comprendre la maladie, ses mécanismes, ses implications, me donnait l’illusion de reprendre une forme de contrôle. Transformer la peur en informations, le chaos en données, était une manière de tenir. Pour l’extérieur, cela pouvait ressembler à de la froideur. En réalité, c’était une stratégie de survie. 


Mais le savoir n’est pas la conscience. 

Le véritable choc émotionnel n’est pas survenu dans l’instant de l’annonce. Il est venu plus tard. 

Durant les derniers jours de mon protocole STUPP. 

Lorsque les mots médicaux ont cessé d’être théoriques et ont commencé à prendre chair. Lorsque ce que j’avais étudié comme un objet extérieur est devenu ma réalité intime. 


C’est à ce moment-là que le séisme s’est pleinement révélé. 

Comprendre l’impact d’un glioblastome, ce n’est pas seulement intégrer un diagnostic. C’est réaliser que le temps ne se projette plus de la même façon. Que les projets se redessinent. Que le corps, l’identité, et les équilibres personnels et familiaux sont profondément affectés. 


Ce basculement ne m’a pas concerné uniquement moi. 

Il a traversé mes proches aidants projetés dans un rôle d’aidants qu’ils n’avaient pas choisi, mais qu’ils ont endossé par amour, par nécessité, parfois dans le silence. Pour eux aussi, il y a eu un avant et un après. 

Avec le recul, je comprends que ce séisme initial est fondateur. 

Il marque une rupture invisible mais durable, une fracture intérieure qui redéfinit la suite du parcours. 

Mettre des mots sur cette étape, c’est reconnaître qu’elle est traumatique. Que la sidération, la peur, la confusion ressenties alors sont légitimes. Et qu’il n’existe pas de bonne manière de traverser un tel bouleversement. 


Avant d’apprendre à vivre avec la maladie, avant de s’adapter, avant même de comprendre comment avancer, il y a eu ce moment précis où la terre a tremblé. C'est seulement en acceptant la réalité des décombres que l'on peut, pas à pas, reconstruire une nouvelle vie où chaque instant possède désormais une densité et une lumière nouvelles. Et ce moment mérite d’être reconnu, raconté, et partagé. 

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